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  • Après une séparation, comment financer deux logements avec les mêmes revenus ?

    5 novembre 2026

    Une séparation transforme un foyer en deux ménages. Mais elle ne double pas les revenus. Il faut pourtant payer deux logements, réorganiser les dépenses et, parfois, continuer à financer l’ancien domicile.
    Comment traverser cette période sans prendre des engagements impossibles à tenir ?

    Lorsque la vie commune s’arrête, la question du logement devient rapidement concrète : qui reste ? Qui part ? Avec quel budget ? Et comment accueillir les enfants ?

    Ces décisions doivent souvent être prises dans un moment de fatigue, d’inquiétude ou de conflit. L’urgence pousse à chercher une solution immédiate. Pourtant, avant de signer un nouveau bail ou de décider de conserver le logement familial, il faut mesurer ce que chacun pourra réellement financer.

    Un choc financier qui ne relève pas seulement de la gestion du budget

    À deux, on partage un loyer, une assurance habitation, un abonnement internet et une partie des dépenses d’énergie. Après la séparation, plusieurs de ces dépenses se dédoublent.

    Une étude de l’Insee publiée en janvier 2025, portant sur des séparations survenues en Occitanie entre 2014 et 2020, constate une baisse de 13 % du niveau de vie médian l’année de la rupture. Cette baisse touche davantage les femmes, notamment lorsqu’elles ont les enfants à charge. Ces résultats décrivent les situations étudiées ; ils ne prédisent pas le budget de chaque personne qui se sépare aujourd’hui.

    Prenons un exemple fictif :

    Avant la séparationAprès la séparation
    Revenus mensuels des deux adultes, additionnés3 200 €3 200 €
    Loyers et charges locatives, au total900 €750 € + 650 € = 1 400 €
    Solde avant les autres dépenses2 300 €1 800 €

    Dans cet exemple, 500 euros supplémentaires sont absorbés chaque mois par les loyers et les charges, avant même de compter les frais d’installation, les assurances ou les déplacements. Selon la situation, peuvent aussi s’ajouter les dépenses encore dues pour l’ancien logement : des mensualités de crédit jusqu’à sa vente éventuelle ou à une reprise du financement acceptée par la banque, ou des loyers pendant le préavis.

    Ce calcul ne tient compte ni d’éventuelles aides ni d’une pension alimentaire. Il ne signifie pas non plus que les 1 800 euros restants seront répartis également : chacun devra établir son propre budget.

    Commencer par le budget disponible, avant de regarder les annonces

    Le montant du loyer ne suffit pas à déterminer si un logement est accessible. Il faut aussi pouvoir vivre une fois le loyer payé.

    Pour chacun des deux ménages, le budget doit distinguer :

    • Les ressources certaines : salaire, retraite, prestations déjà notifiées, pension alimentaire effectivement versée.
    • Les dépenses régulières : logement, énergie, assurances, alimentation, transports, santé, crédits et frais liés aux enfants.
    • Les dépenses de transition : déménagement, dépôt de garantie, éventuels frais d’agence, équipement indispensable et chevauchement des dépenses de logement. Il faut notamment prévoir les loyers restant dus pendant le préavis ou les mensualités de crédit de l’ancien domicile qui continuent à vous incomber pendant l’organisation de sa vente ou de sa conservation par l’autre.

    Une aide estimée par un simulateur ou une pension encore en discussion ne doit pas être traitée comme une somme déjà disponible.

    Le bon budget est celui qui tient aussi pendant un mois difficile. Un logement légèrement moins cher peut toutefois coûter davantage au total s’il impose de longs trajets ou des frais de garde supplémentaires.

    Quitter le logement ne met pas toujours fin aux obligations

    C’est un point à vérifier avant de s’engager ailleurs.

    Pour les locataires, les conséquences du départ dépendent notamment du mariage, du Pacs ou de l’union libre, des signataires du bail et des clauses de solidarité. Rendre ses clés ou prévenir oralement son ancien conjoint ne suffit pas nécessairement à mettre fin à ses obligations envers le bailleur. L’Agence départementale d’information sur le logement, l’ADIL, peut préciser les formalités et les délais applicables.

    Pour les propriétaires ayant emprunté ensemble, la séparation ou le divorce ne met pas fin au crédit ni aux engagements des co-emprunteurs. Un accord entre les anciens conjoints sur le paiement des mensualités ne libère pas, à lui seul, l’un d’eux vis-à-vis de la banque. Une désolidarisation suppose son accord.

    Avant de retenir un nouveau logement, il faut donc savoir quelles dépenses de l’ancien domicile peuvent encore vous incomber, même si l’un des deux continue à habiter l’ancienne résidence. Le fait de ne plus y vivre ne suffit pas, à lui seul, à vous libérer de vos engagements.

    Distinguer le logement de transition du logement durable

    Il n’est pas toujours possible de financer immédiatement deux logements répondant à tous les besoins.

    Un hébergement temporaire chez un proche, une location plus petite ou une colocation peuvent parfois permettre de traverser les premières semaines. Chaque possibilité doit être évaluée en fonction de sa durée, de son coût total, des déplacements et de l’accueil éventuel des enfants.

    Une solution transitoire gagne à être accompagnée d’un calendrier : pendant combien de temps peut-elle fonctionner ? Quelles démarches seront engagées pendant cette période ? À quelle date faudra-t-il réexaminer la situation ?

    Une cohabitation temporaire dans l’ancien logement peut également être envisagée si elle est librement acceptée et supportable. En présence de violences ou de menaces, la mise en sécurité passe avant la recherche d’un équilibre financier.

    Le provisoire peut donner du temps pour décider. Il devient problématique lorsqu’aucune perspective de sortie n’est organisée.

    Faire réexaminer ses droits dès la séparation

    Que vous soyez mariés, pacsés ou en concubinage, la séparation peut modifier vos droits aux prestations. Déclarez rapidement votre nouvelle situation à la CAF ou à la MSA, sans attendre que toutes les démarches juridiques, financières et matérielles soient terminées.

    La CAF précise que cette déclaration doit être faite même lorsque les personnes séparées vivent encore sous le même toit ; des justificatifs de la séparation sont alors demandés. En cas de déménagement, une nouvelle demande d’aide au logement doit être effectuée pour la nouvelle adresse.

    Un travailleur social peut également aider à rechercher les dispositifs adaptés : aides au logement, Fonds de solidarité pour le logement, accompagnement d’Action Logement selon la situation. Ces aides répondent à des conditions précises et ne sont pas systématiquement accordées.

    L’objectif est de connaître les soutiens effectivement mobilisables et leurs délais, afin de construire un budget crédible.

    Avec des enfants, raisonner aussi en trajets et en organisation

    Le logement le moins cher n’est pas toujours celui qui préserve le mieux le budget familial.

    S’éloigner de l’école ou de l’autre parent peut augmenter les frais de transport, compliquer les horaires de travail et rendre l’organisation quotidienne plus difficile. À l’inverse, conserver à tout prix le logement familial peut laisser trop peu de ressources pour les autres besoins.

    Il faut donc examiner ensemble le coût du logement, sa localisation, les conditions d’accueil des enfants et les possibilités de déplacement. Une décision supportable sur le papier doit aussi l’être dans la vie quotidienne.

    Reprendre la main, une décision après l’autre

    Je considère que le logement doit être traité dès le début d’une séparation. Il conditionne la possibilité de travailler, de préserver des repères et d’organiser la vie familiale.

    Les premières décisions peuvent suivre un ordre simple : établir son budget, vérifier ses engagements sur l’ancien logement, faire réexaminer ses droits, puis choisir une solution compatible avec ses moyens.

    C’est dans cette perspective que j’ai écrit Se loger après une séparation, dans la collection Logement mode d’emploi : accompagner celles et ceux qui doivent reconstruire leur situation résidentielle au moment où leurs repères changent.

    On ne peut pas toujours financer immédiatement deux logements avec les revenus qui en finançaient un. Mais comprendre ses obligations, mobiliser les bons interlocuteurs et organiser la transition permet d’éviter que l’urgence n’impose des choix financièrement intenables.

    Jean-Luc LAGLEIZE
    logementmodedemploi.fr


    Sources et renseignements utiles

  • Trêve hivernale : ce qu’elle protège, ce qu’elle ne règle pas

    3 novembre 2026

    Depuis le 1er novembre, la trêve hivernale suspend, sauf exceptions, l’exécution des expulsions locatives jusqu’au 31 mars 2027 inclus. Elle apporte une protection essentielle aux ménages menacés de perdre leur logement. Mais les loyers restent dus et les procédures peuvent continuer. Comment utiliser ces cinq mois pour éviter que les difficultés ne s’aggravent ?

    Une baisse de revenus, une séparation, un arrêt de travail : un budget jusque-là équilibré peut basculer. Lorsque le loyer devient difficile à payer, la crainte de perdre son logement s’ajoute aux soucis financiers. Du côté du propriétaire, les impayés peuvent aussi fragiliser un budget, notamment lorsqu’un crédit reste à rembourser.

    La trêve hivernale apporte un répit. Encore faut-il comprendre précisément ce qu’elle change.

    Une protection instaurée en 1956

    La trêve hivernale existe depuis la loi du 3 décembre 1956, adoptée dans le contexte de la mobilisation contre le mal-logement des années 1950. À l’origine, elle suspendait les expulsions du 1er décembre au 15 mars. Son début a été avancé au 1er novembre en 1990, puis sa fin repoussée au 31 mars par la loi ALUR de 2014.

    Depuis près de soixante-dix ans, elle traduit une exigence de protection : éviter que la perte du logement ne se produise pendant les mois les plus froids.

    Une protection contre l’expulsion pendant l’hiver

    Du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027 inclus, l’exécution de l’expulsion d’un locataire est en principe suspendue, même lorsqu’une décision de justice l’a déjà ordonnée.

    Cette protection comporte néanmoins des exceptions. C’est notamment le cas lorsqu’un relogement adapté aux besoins du ménage est assuré, ou lorsque le juge ordonne l’expulsion d’une personne violente du domicile familial.

    Des règles particulières s’appliquent également au squat. Il faut ici éviter une confusion fréquente : un locataire qui ne parvient plus à payer son loyer n’est pas, pour cette raison, un squatteur. Sa situation est différente de celle d’une personne entrée dans un domicile par des manœuvres, des menaces, des voies de fait ou la contrainte.

    Si votre situation fait l’objet d’une procédure, faites vérifier les règles qui vous concernent. Une information générale ne permet pas, à elle seule, de déterminer les protections applicables à chaque dossier.

    Les dettes et les procédures ne sont pas gelées

    La trêve hivernale n’autorise pas à interrompre le paiement du loyer. Les loyers et les charges restent dus. Si le bail a été résilié, une indemnité d’occupation peut remplacer le loyer.

    Prenons un exemple simple : avec un loyer et des charges de 700 euros par mois, cinq mensualités entièrement impayées représentent 3 500 euros supplémentaires, auxquels s’ajoute l’éventuelle dette antérieure. La protection contre l’expulsion n’empêche donc pas l’endettement de progresser.

    Le propriétaire peut aussi poursuivre ses démarches pendant l’hiver : solliciter une garantie, faire délivrer un commandement de payer ou saisir le tribunal. Une audience peut avoir lieu et une décision être rendue. Il faut donc continuer à ouvrir les courriers et à répondre aux convocations.

    La fin de la trêve ne signifie pas pour autant qu’une expulsion devient automatique le 1er avril : elle reste soumise à la procédure légale et aux décisions applicables à chaque situation.

    Locataire : les démarches utiles dès maintenant

    Quand les difficultés s’installent, il peut être tentant de repousser les échanges par peur de ne pas avoir de solution à proposer. Pourtant, prendre contact rapidement permet de rechercher des réponses avant que la dette ne devienne plus lourde.

    Plusieurs démarches peuvent être engagées :

    • Prévenir le propriétaire ou l’agence, en expliquant la difficulté et son caractère temporaire ou durable.
    • Proposer un échéancier réaliste, en distinguant le paiement du loyer courant et le remboursement de la dette. Tout accord mérite d’être écrit et signé.
    • Vérifier ses droits auprès de la CAF ou de la MSA, notamment après une séparation, une perte d’emploi ou une baisse de ressources.
    • Rencontrer un travailleur social, auprès de la mairie ou du département, pour examiner les aides possibles, dont le Fonds de solidarité pour le logement, selon ses conditions d’attribution.

    Un échéancier doit pouvoir être tenu. Si le logement est devenu durablement trop cher, l’accompagnement doit aussi permettre d’étudier une solution plus adaptée.

    Conservez les traces de vos démarches : courriers, échanges avec le bailleur, demandes d’aide et justificatifs de paiement. Ils permettent d’expliquer votre situation et les efforts entrepris pour la résoudre.

    Pour aller plus loin

    Dans mon guide Louer avec un petit salaire, le chapitre 10, « Premier impayé : agir avant qu’il ne soit trop tard », est consacré aux difficultés de paiement du loyer et à la conduite à tenir lorsqu’on est locataire de bonne foi.

    Il prolonge les conseils de cet article pour ceux qui souhaitent honorer leurs engagements, mais n’y parviennent plus. Prévenir le propriétaire, expliquer sa situation, rechercher un accord réaliste et se faire accompagner : ces démarches méritent d’être engagées dès le premier impayé, sans attendre que la dette s’accumule.

    Propriétaire : agir pendant la trêve reste possible

    Un propriétaire confronté à des impayés n’est pas tenu d’attendre le printemps pour chercher une issue. Le dialogue, un accord de remboursement et la mobilisation des garanties disponibles peuvent être examinés dès maintenant.

    L’Agence départementale d’information sur le logement, l’ADIL, peut l’aider à comprendre les démarches adaptées à sa situation. En revanche, il ne peut pas contraindre lui-même l’occupant à partir : changer les serrures ou couper les services pour provoquer son départ ne constitue pas une solution légale.

    Préserver le dialogue ne signifie pas renoncer à ses droits. Cela peut permettre de trouver un accord avant que le conflit et la dette ne s’aggravent.

    Électricité, gaz, eau : des protections distinctes

    Pendant la trêve hivernale, les fournisseurs ne peuvent pas interrompre l’électricité, le gaz ou la chaleur pour impayés dans une résidence principale. Une réduction de puissance électrique reste toutefois possible dans certains cas, avec une protection particulière pour les bénéficiaires du chèque énergie.

    Les coupures d’eau pour impayés sont, quant à elles, interdites dans la résidence principale toute l’année.

    Ces protections n’effacent pas les factures : il faut contacter le fournisseur pour rechercher une solution de paiement.

    Faire de ce répit un temps d’action

    La trêve hivernale protège contre une rupture brutale au cœur de l’hiver. Elle ne rétablit pas, à elle seule, un budget et ne crée pas les logements abordables qui manquent.

    Je considère que ces cinq mois doivent être pleinement utilisés pour accompagner les ménages, mobiliser les aides et rechercher des accords lorsque cela est possible. Attendre le printemps, c’est risquer de retrouver les mêmes difficultés avec une dette plus importante.

    Locataire ou propriétaire, un premier interlocuteur est accessible : l’ADIL de votre département. Ses juristes apportent un conseil gratuit et neutre. Le numéro SOS loyers impayés : 0 805 160 075, gratuit et accessible du lundi au vendredi, permet également d’être orienté.

    Jean-Luc LAGLEIZE
    logementmodedemploi.fr


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